
Vítor Roriz et Sofia Dias. © Photo Magda Bizarro
La pièce de Tiago Rodriguez est encore cette semaine jusqu’à vendredi salle Vauthier au TNBA. L’amour à bout de souffle, porté par deux comédiens exceptionnels
Antoine ! Cléopâtre ! Antoine ! Cléopâtre ! Antoine ! Cléopâtre ! Dans un décor seventies, avec chaîne Hi-Fi, disques vynils et plexis colorés, on se croirait presque dans le remake d’un film français. Mais non, ce n’est pas Antoine Doinel, et passé un premier quart d’heure un peu crispant, on a bien compris que nous sommes au théâtre, avec toute son intensité, quand les comédiens sont excellents, à l’image de Sofia Diaz et Vitor Roriz. Le duo se dévore des yeux, chacun se reflète dans le regard de l’autre, dans toute surface réflexive. Ils nous embarquent au plus profond de l’intimité de ce couple iconique, de leur passion, de leurs excès, de leur fragilité et de leurs cœurs qui chavirent, se font chavirer. Chacun interpelle l’autre, le nomme, un écho permanent et agaçant, comme peuvent l’être parfois les amoureux.
Partition amoureuse
Tiago Rodriguez, l’actuel directeur du festival d’Avignon, reprend la tournée de cette pièce créée il y a plus de dix ans. Un classique de son répertoire, inspiré par Plutarque, Shakespeare mais aussi Mankiewicz, laissant entendre quelques morceaux de la bande son du célèbre péplum. Rodriguez fait s’exprimer l’amour dans une proposition comme un long poème chorégraphique, à la langue créative, polyphonique, symbiotique. Un pas de deux particulièrement émouvant, nourri de petits riens, de regards, d’une sensualité qui transpire sous nos yeux alors qu’aucun geste n’est esquissé ou presque, juste les mots, leur intonation, susurrés ou criés. Cet « Antoine et Cléopâtre » est un moment suspendu à l’histoire dont le metteur en scène s’est affranchi. La mort, la guerre, le mariage, les navires, les batailles ne sont qu’un fond sonore qui vient certes perturber la partition amoureuse entre le général romain et la reine d’Egypte, mais jamais ne l’arrête. Jusqu’au bout. A bout de souffle.
Jusqu’au vendredi 16 janvier, au TNBA à Bordeaux. 8 à 30 euros.

