Chapiteau en Hiver tire sa toile

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Après 15 années à occuper l’hiver avec le cirque, un Chapiteau en Hiver ferme ses portes cette année. Un festival emblématique qui va laisser un grand vide pour les amateurs de cirques. Pascale Lejeune l’a créé et ne regrette rien ou presque.

Elle n’est pas du genre à céder à la nostalgie. « Je suis contente. En 2024 déjà [pour l’édition précédente], je me posais déjà la question d’arrêter. On m’a demandé de continuer alors je me suis dit que 2026, ce serait bien, ça correspond aux 30 ans de ma compagnie. » La compagnie en question, c’est la Smart Compagnie qu’elle a fondé et qui est associée au festival depuis le départ. « Cet arrêt m’amène plus de joie que si j’avais continué. C’est bien, je pense avoir fait le tour. »

De trois semaines à une semaine

Et puis surtout, le format actuel sur une semaine, contraint budgétairement, ne correspond plus aux ambitions du départ, lorsque Philippe Sanchez [désormais directeur de l’IDDAC] avait dit d’accord pour « trois semaines d’immersion dans le cirque contemporain. On mettait le cirque au centre de la ville, c’était différent d’une simple programmation. » Une première édition test en 2012, au parc de Mussonville, confirme la pertinence de la chose. Il y aura une deuxième version annuelle en 2013 avant de passer en biennale. Déjà des contraintes budgétaires et un manque de temps pour organiser cette grosse machine qui fait venir toutes les formes de cirque. Des très grosses compagnies (AOC, Galapiat…) passent ici, à côté de petits formats ou de cirques en devenir. De quoi donner une image en pointillé de l’état et de l’évolution du cirque. Chapiteau en Hiver devient le festival référence du cirque localement et fait de Bègles « the place to be » pour aller voir du cirque.

Avant que, peu à peu, les budgets ne s’étiolent et que le festival suive : « Sur une semaine, on n’a plus le temps de faire un travail de fond. Même si ça reste chouette pour l’émulation que ça apporte », Pascale Lejeune préfère tirer le rideau.

De beaux restes

Sur une édition qui résume bien l’esprit de la manifestation. Une grosse pointure : le Cirque sans Nom pour sa dernière création (Pain d’chien) qui verra le jour ici : « On ne l’a vu qu’en sortie de résidence en octobre. Mais on travaille sur la confiance. C’est une compagnie qui a de la bouteille alors même si leur spectacle est encore un peu vert… » Il sera parfaitement consommable : le Cirque Sans Nom délaisse généralement le cirque d’exploit pour poser des ambiances entre nostalgie et parfois une pointe de tension.

« Drache nationale » ensuite (Cie anoraks) « parce que des Belges, forcément… » dont l’humour à froid est toujours le bienvenu en cette saison. Ils s’interrogent là sur un malheur typiquement belge : mais pourquoi donc pleut-il systématiquement le jour de la fête nationale ? Est-ce que c’est une malédiction qui poursuit le pays ou cela permet-il de rester positif en toutes circonstances ?  C’est du belge, c’est du bon.

Puis évidemment le dernier volet de la trilogie Typhus Bronx… parce que le clown trash a commencé sa carrière en Gironde et que le festival ne l’avait jamais capté . Alors pour une dernière….

Et pour la route, une grande fête pour les 30 ans de la Smart Compagnie et pour laquelle elle a invité pas mal d’anciens : « Il n’y aura pas tous les artistes qui ont traversé la compagnie mais quand même pas mal de fidèles. En tout une vingtaine d’artistes au plateau. » Pour reprendre à la fois des anciennes créations et créer des choses éphémères. Un joyeux bazar pour se quitter. C’est l’esprit circassien qui demeurera en suspend… en attendant, peut-être un autre festival.

Chapiteau en Hiver,
du 23 au 31 janvier à Bègles, esplanade des Terres Neuves.

De 3 à 25 € selon les spectacles.