Typhus Bronx, triple dose de noir

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Tout le monde connaît Typhus Bronx. Mais pas forcément qui se cache derrière lui. Même s’il a une relation bizarre avec sa créature, Emmanuel Gil la porte depuis 12 ans. Et ne lui ressemble pas du tout. Quoi que… La reprise des trois volets de Typhus est l’occasion de le voir grandir.

Au départ, Emmanuel Gil était seulement comédien. Le clown est venu en douce, par hasard. Le personnage de Typhus Bronx est né après qu’il ait animé un stage auprès de psychotiques. On comprend mieux alors l’esprit un peu… particulier de ce clown, proche du Gremlins : à la fois adorable et naïf puis sans prévenir, sombre et inquiétant. « Le délirium du papillon » est né comme ça, en 2013, dans un coin, avec des bouts de chandelles, à la Maison pour Tous de Cenon, en banlieue bordelaise.

Douze ans plus tard, il n’est presque plus possible de le voir sans réserver plus d’un mois à l’avance. Un succès phénomène qui a pu parfois déstabiliser Emmanuel Gil. Comme en 2024 lorsqu’il a joué à Aurillac et qu’il fallait arriver trois heures à l’avance pour pouvoir le voir. C’était trop, trop vite. Depuis, il a apprivoisé cet engouement.

De l’enfance à l’adolescence

Au point de rassembler les trois opus de Typhus en une intégrale qu’il joue à Blanquefort pour la 5ème fois. La première, c’était à Montreuil et « 80% des gens sont venus pour les trois représentations. C’est aussi un voyage pour le spectateur. » Et tout autant un voyage dans le temps : « Le Délirium, c’est l’enfance. Il est organique et pulsionnel. Il y a des choses avec lesquelles je ne suis plus en phase. J’ai évolué et le monde évolue. » Raison pour laquelle la trilogie permet de ripoliner ce vieux Délirium en créant un duo avec Marek Kastelnik au piano. Pas vraiment une découverte puisque Marek est le binôme d’Emmanuel et qu’il porte une grande part dans la naissance de Typhus.

Puis vient alors l’adolescence avec « La petit histoire qui va te faire flipper… » Parce qu’à l’origine, « c’est une farce, une vaste blague qui ne devait pas devenir un spectacle. » Le troisième, « Trop près du mur », c’est l’âge adulte. C’est « celui qui me ressemble le plus », le plus raisonnable, le plus raisonneur aussi où Typhus parle de la paternité et de la transmission. On peut aussi lire cette trilogie comme l’histoire des rapports entre le personnage et son créateur : « Il n’y en a pas dans le premier, ils ne sont pas très sains dans le deuxième et c’est un vrai dialogue dans le troisième. » Bref, Typhus et Emmanuel, c’est un peu un couple comme il n’y en a plus, même si « il y a des phases, comme dans toute les relations. »

Le couple puis l’adultère

Des phases et bientôt l’adultère… après douze ans, ça peut arriver. Une relation à quatre, avec trois autres comédiens, qui se prépare, qui sera plus « une matière à jeu d’acteur. » Mais le couple reste, en fond, parce que « Typhus sera là en filigrane. Ce sera un travail sur l’obscurité, sur ce qu’il se passe dans le noir. Une histoire très sombre parce que la lumière vient aussi de la noirceur. » Un postulat qui laisse toute la place au double d’Emmanuel Gil qui, même lorsqu’il s’en éloigne, demeure là, tapis dans l’ombre où naissent les émotions fortes. En attendant, il est triple. Et comme les bonnes bières, c’est encore plus fort.

Du 21 au 23 janvier aux Colonnes à Blanquefort. https://www.carrecolonnes.fr/programme/spectacles.htm

COMPLET

Du 15 au 17 avril à Genappe (Belgique) https://lemonty.be/

Et l’un des trois spectacles un peu partout en France, toutes les semaines, tout le temps : https://typhusbronx.com/agenda/