A mérignac, lE Krakatoa s’est réveillé et vibre encore

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Plus de trente ans de bruit et de fureur, de rock abrasif et de pop pas trop sucrée, stoppés plus d’un an et demi pour faire peau neuve. Les retrouvailles avec le Krakatoa vendredi 4 septembre ont été explosives et plutôt émouvantes

Des vieux rockers, des plus jeunes, des directeurs de structure, ces retrouvailles avec le Krakatoa ont réuni au moins 2000 personnes, dans une ambiance à la fois hype et décontractée. Tout le gratin et les personnalités qui comptent dans le monde de la musique en Gironde étaient là, les aficionados, les familles, les copains, les habitants de Mérignac, tous étaient curieux de découvrir le lieu rénové. Et on le valide: il est tout beau et n’a rien perdu de son âme. Avant, pendant, après les discours dont celui, très émouvant de Didier Estèbe, le directeur historique du lieu, le public a emprunté les escaliers et coursives sur les côtés permettant d’avoir plusieurs angles de vue et de prendre de la hauteur jusqu’à surplomber la scène, le tout dans une ambiance rouge passion. D’aucuns y voient une référence à « Jailhouse rock » d’Elvis, d’autres ont trouvé cela très shakespearien. La grande classe en tout cas pour écouter ce soir là le Concert d’ouverture avec le groupe Naya Mö suivi de la performance de la compagnie Mazelfreten. Et la possibilité de boire des coups dans deux endroits avec dorénavant un bar à chaque étage.

Passage de relais

Le nouveau Club accueillait la performance d’Olivier Crouzel qui a fait durant les travaux un magnifique travail de mémoire et de création visuelle donnant lieu à une très chouette exposition cet été. Puis, le 10 septembre, Mezerg et son theremin célébraient leurs dix ans d’électro dingo festive et lançaient la nouvelle saison de ce lieu dirigé pendant 36 ans par Didier Estèbe, qui passera le relais à la bien nommée Suzanne Combo, le 30 septembre. Une page se tourne mais le Krakatoa renaît de ses cendres plus bouillant que jamais. Les souvenirs ne manquent pas, comme ceux de notre chroniqueur dandy rock Patrick Scarzello à découvrir ci-dessous, mais l’avenir reste à écrire.

LE KRAKATOA DES ANNEES 90 : ON Y ÉTAIT

Mamma mia… les débuts 90’s du Krakatoa ! La trilogie sublime, Gun Club et son blues-punk au pinacle de l’écorchure, de l’inédit contemporain, un précipité rock’n’roll unique, indépassable, dont la pertinence gagnera chaque décennie à venir. Screamin’ Jay Hawkins et son squelette ricanant, un show d’outre-tombe rhythm and blues, pas rétro, non, d’anthologie pure : la voix épatante, la gestuelle sans pareille, le répertoire corseté. The La’s, avec Les Scurs from Hendaye en ouverture, comme qui dirait, doublette de britpop néo-Kinks avant l’heure… Top of the pops s’il en est : mélodisme entêtant, song-writing fortiche, ritournelles définitives. L’une d’elle n’est-elle d’ailleurs pas réapparue il y a quelques mois, dans une pub !?

Leçon de dandysme
Côté français, la voix abrasive, la guitare tranchante et les arrangements suaves : « Je m’suis levé je m’suis dit, si c’est ça la vie, je préfère rester au lit », dixit Les Soucoupes Violentes. David Vincent les a vues live récemment, et en disques plus que dignes, toujours. Citer Le Cymbaliste 1992 en ouverture des VRP, ferait vétéran alterno !? Que nenni : « Félicie aussi » du dentu Fernandel, résonnait dans les baffles avant de monter sur scène… qui aurait imaginé pareille bande-son pour votre vintage punk de chroniqueur, avec son pianiste juste sorti du groupe power rock, Rotten Roll !? Une leçon de dandysme au meneur du lieu : « -Allons garçon, comment se fait-il qu’il n’y ait pas de miroir dans les loges !? » Il y pourvoira juste après notre live. Quant aux VRP, leur acoustique groovy sensible, possédait le potentiel subversif d’un Coluche, rien de moins. Sauf que malgré la signature chez Phonogram et les costards Emmaüs, eux aussi prirent sur leur gueule joliment charbonnée, un « Putain de camion ». Et puis le cinglant Nick Cave courant 1997, ce charisme enraciné/dépoussiéré sans scorie, cette puissance mystique and roll, ce souffle gothic blues spirite. Ou le dernier en date il y a quelques saisons à peine, Paul « jam » Weller (photo@Béranger Tillard), le sexy sexa dans un set quintessentiel. La somme incarnée d’une vie de musiques de rythme, que le cher Didier Estèbe a offert «… à ceux comme nous, qui n’avaient encore jamais eu l’occasion de le voir depuis ses débuts 70’s». Le même dirlo, connu lorsqu’il tenait un local de répés (des Scurs et de Noirs Désirs), résuma un grand soir d’Arlac, la vocation de toute une génération, biberonnée aux 70’s quoique héritière des sixties, puis passée à l’action dans ces finalement belles années 80, toutes proches : « -Nous voulions agrandir le vieux monde, qu’il y ait un peu plus de vrai bon rock partout… »
Patrick Scarzello

Prochains rendez-vous, à découvrir sur https://krakatoa.org/agenda