L’auteur bordelais Philippe Roure analyse, thème par thème, titre par titre, chaque pièce musicale de tous les films de Quentin Tarantino. Un guide pour mélomane, fan ou non du réalisateur !?
On n’attendait guère autant de généalogie arty, pertinente, sur les compositeurs/interprètes. Ni d’érudition rock’n’roll, pop, soul, rhythm and blues, country & tutti frutti, creusée à l’os. Et l’on en apprend par tous les bouts, dans ce concentré de pop culture, qui vire d’occulte à culte pour certains groupes, qui se reforment. Entre autres musiciens obtenant enfin leur juste reconnaissance, lorsque le
passeur QT les ennoblit dans l’une de ses B.O. Ainsi une star de notoriété d’abord nippone, mondialement célébrée en suivant, grâce au seul réalisateur a avoir jamais fait jouer dans une toile, Orbison le Roy. La musique s’avère si cruciale dans son ciné : « Il entend faire de « Pulp Fiction », une version rock’n’roll du western-spaghetti ». Tant et si bien que les Tornadoes de 1962, publient conséquemment un second album, les Centurions se retrouvent suite au succès du film, et Los Bravos, 55 ans après leurs débuts.
Musiques diégétiques
« Des morceaux que Tarantino a en tête dès l’écriture, correspondants au rythme de la scène, à la gestuelle des personnages, à leurs déplacements… une patte, fusionnant image & son, récit & musique ». Avec huit titres surf-rock dans le même film, donc. Quiconque touchera ensuite à la surf music, sera stylistiquement tatoué
Tarantinesque. « Une approche insolite, devenue une signature… derrière chaque thème, chaque chanson, se cachent une histoire, une personnalité inattendue, célèbre ou totalement marginale. »
Sans parler des compil’ à thème & tutti quanti. « Dès lors qu’il inclut des trésors oubliés ou méconnus dans une bande-son, on les retrouve dans pubs, jingle TV et radio, défilés de mode… jusque dans la playlist de nos soirées ». On a découvert ici le terme de « musiques diégétiques », sans conteste le plus récurrent de l’ouvrage illustré : « musiques qui font partie du récit, qui sont écoutées ou entendues par les personnages ».

Et rien ne semble freiner l’exégète Philippe Roure, qui traque le détail anachronique avec gourmandise, à l’affût du sens de chaque chanson traduite, de la moindre virgule musicale… Autant de poils à gratter pour le music profiler, qui « explique les choix de mise en scène et les raisons de l’efficacité de telle ou telle séquence ». Peut-être aussi fanatiquement obsessionnel que son sujet !? Ce Cantine Tarantino qui écoute des K7 dans sa caisse, démo comprise, qu’il lui arrive alors de coopter. Qui laisse les lyrics coller à l’action, ou pas du tout. Qui invente des programmes radios supposément vintage. Qui laisserait tomber une scène, blam !, s’il n’obtenait les droits de l’unique version convoitée. Celle qui lui parle intimement, tel ce pas de danse inspiré des Aristochats. Qui n’aime rien tant que recycler les musiques d’autres films, western-pastasciutta, polar, blaxploitation, giallo, bikers movies…
« Il pratique la musique de film tel un DJ, citation, détournement, collage, mixant clins d’oeil et hommages. Composées de musiques préexistantes, les B.O. de Tarantino ne sont jamais « originales »… Ses sources multiples, surprenantes, épousent l’action, ou en contrepoint à ce qui se déroule sur l’écran. Et l’inspirent pour composer des scènes à la note près ». Sans parler des décalages pas si déplacés qu’il y paraîtrait, des contrastes entre une action et le thème musical qui la sert. Au final, ce bouquin donnerait, même au Tarantinophobe, l’envie de (re)voir certains films… pour réaliser/vérifier de visu, tout ce qu’on a mentalement entendu là, ou voulu (ré)écouter en lisant. Immersion au plus corseté et, au bon sens du terme, somme édifiante.
PATRICK SCARZELLO
Philippe Roure, « La musique de film chez Quentin Tarantino », 242 pages, 19,95€, Hugo Doc

